Pour que les journalistes arrêtent de mourir dans l’indifférence

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Parce que c’est ce qui se passe, en vérité. On nous fait disparaître, on nous force au silence, on nous tue, et puis vite nos noms s’effacent des mémoires. C’est comme ça que la liberté d’expression recule quand on « force au silence le messager« , quand on oblige les journalistes à se taire, et que personne n’est tenu responsable.

Et n’allez pas croire que les journalistes tués le sont tous dans des zones de conflit. Une grande partie d’entre eux meurent en temps de paix, alors qu’ils mettent en lumière des faits de corruption par exemple, au niveau local.

Pour la journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, l’UNESCO présentait son étude Tendances mondiales sur la liberté d’expression et le développement des médias.

Une journée anniversaire, deux ans après l’assassinat de la journaliste française Ghislaine Dupont et du technicien qui l’accompagnait sur le terrain au Mali, Claude Verlon.

Ghislaine et Claude travaillait pour RFI, « mais l’Afrique personne ne s’y intéresse en France » regrette la mère de Ghislaine venue témoigner.

« Ma fille travaillait depuis 25 ans sur le terrain. J’ai toujours eu peur, mais je ne lui en ,ai jamais rien dit  » témoigne Mme Dupont, devant le public venu assister à la table ronde, organisée par l’UNESCO à Paris pour l’occasion.

Malgré tout elle tient bon, à 85 ans elle se bat contre le « secret défense » que l’armée française et celle de la MINUSMA, mission de l’ONU, lui opposent, pour ne pas révéler les détails du rapt et de l’assassinat.

Mais si les grands noms trouvent des défenseurs, quid des journalistes de terrain, quid des « locaux »?

Janine Di Giovanni, reporter au Moyen-Orient pour Newsweek l’explique : »Quand je quitte l’Irak ou la Syrie, je sais que je rentre chez moi, en sécurité, dans ma maison. Mais sur place, les gens qui m’ont aidé, ceux sans qui je ne peux pas travailler, eux ne trouvent pas de répit. »

Dans le public un journaliste afghan questionne : « Mais que fait l’UNESCO pour protéger les journalistes sur le terrain? »

Si des études sont faites, des ateliers organisés et des recommandations présentées aux gouvernants, quel est l’impact réel de ces actions?

En Tunisie les forces de l’ordre ont participé a des ateliers avec les journalistes, pour autant les violences ont encore régulièrement court. Et les autorités ont mis des mois, et seulement suite à la pression de la société civile, à prendre en charge le dossier des deux journalistes tunisiens disparus en Libye en septembre 2014, Sofiene Chourabi et Nadir Ghetari.

Alors oui, il est bon que lorsque le messager est réduit au silence des voix s’élèvent pour parler à sa place. Oui il est juste de dire, comme l’a exprimé Franck La Rue, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, que « personne ne meurt si quelqu’un se souvient de lui« . Mais si les gouvernants ne luttent pas contre leurs tendances autoritaires et leurs refus de la contradiction, les voix et les souvenirs ne servent à rien.

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