Tunisie : une homophobie grandissante

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Vendredi 13 mai, le Bundestag allemand, l’équivalent de l’assemblée, a validé l’inscription de la Tunisie, du Maroc et de l’Algérie sur la liste des «pays sûrs», limitant ainsi les chances des ressortissants de ces pays d’obtenir l’asile en Allemagne.

Une décision qui inquiète

La décision inquiète les défenseurs des droits humains en Tunisie. Il sera alors bien plus difficile de demander l’asile pour une personne homosexuelle originaire de l’un des trois pays. C’est ce qu’explique Ali Bousselmi de l’association Mawjoudin – We exist. «Nos pays ne sont pas sûrs. En Tunisie il y a l’article 230 du Code pénal, au Maroc il y a eu des manifestations contre l’homosexualité et en Algérie il est difficile de parler de la question.»

Badr Baabou, président de l’association Damj, pour la justice et l’égalité, va dans le même sens :

«C’est scandaleux et très dangereux. Dire que la Tunisie est un pays sûr est très loin de la réalité et en contradiction avec ce qui est vécu sur le terrain.»

Deux procès en quelques mois

L’année 2015 s’est en effet achevée sur deux affaires emblématiques. A l’automne le jeune «Marwan», contraint de subir un test anal, avait été condamné à une peine de 1 an d’emprisonnement pour homosexualité. Mais la mobilisation nationale et internationale autour du cas du jeune homme avait joué en sa faveur. Il avait bénéficié d’une mise en liberté provisoire avant que sa peine ne soit réduite en appel à 2 mois de prison et une amende de 300 dinars. Une peine équivalente au temps qu’il avait passé en détention préventive, une victoire en demie teinte à l’époque, comme le soulignait Badr Baabou.

Puis en décembre six étudiants de Kairouan, avaient été condamnés à une peine de trois ans de prison et trois ans de bannissement de la ville pour homosexualité, avant d’être acquittés.

Une homophobie grandissante

Si 2015 a permis l’émergence d’une parole homosexuelle en Tunisie, 2016 a vu se déchaîner une parole homophobe.

«Depuis le début du mois d’avril on voit une vague d’homophobie sans précédent. ça ne veut pas dire que la société tunisienne était gay friendly avant. Mais depuis quelques temps des dizaines de personnes appellent à la violence, voire aux meurtres d’homosexuels », rapporte Badr Baabou

Ainsi l’association Shams a rapporté avoir vu des affiches, sur les vitrines de de quelques commerces, interdisant l’entrées aux homosexuels.

«On ne pensait jamais en arriver au point de lire des pancartes comme ça, ou que l’on s’en prendrait à des gens dans la rue qui ont une allure différente», rapporte Ali Bousselmi.

Une situation qu’il déplore, tout comme le traitement médiatique autour de la question.

Willis from Tunis
Willis from Tunis

Par ailleurs des appels aux meurtres ont eu lieu : des membres des forces de l’ordre ont postés des photos sur les réseaux sociaux, avec des messages violentes «avec des armes et des munitions » une sorte de feu vert pour passer à l’action, témoigne Badr Baabou.

securite

Mais d’autres messages ont aussi circulé, déclarant que l’armée protège tous les citoyens.

Le 29 avril dernier, à Sfax, un imam appelait même au meurtre des personnes homosexuelles, lors d’un prêche du vendredi «sans que les autorités ne bougent. Alors que selon la loi l’incitation est punie de la même peine que l’acte» précise M. Baabou.

«Le ministère public n’a pas réagit », une situation qu’il qualifie de honteuse «surtout que selon la loi l’incitation est passible de mêmes peines que le passage à l’acte

Pour M. Bousselmi le processus de rejet n’est pas étonnant. Mais même si il juge la situation actuelle bien plus difficile que celle de l’année 2015 il y note une amélioration : «la mobilisation de la société civile est plus forte.» Ainsi lorsqu’il a été question de venir en aide aux étudiants de Kairouan, plusieurs associations ont fait front commun.

M. Baabou de son côté juge lui aussi la vague d’homophobie attendue. Pour lui cette libération de la parole fait suite à l’élan de solidarité dans l’affaire de Marwan. «Les citoyens trouvaient anormal qu’un test anal soit pratiqué et il y avait unanimité pour défendre la dignité humaine.» Ce qui fait réagir les homophobes, explique-t-il.

120 appels de détresse en une journée

Après ce prêche et les différents appels aux meurtres, lapidation ou encore crémation des homosexuels l’association Damj rapporte avoir été particulièrement sollicitée :

«Le lendemain nous avons reçus 120 appels téléphoniques de détresse, de personnes menacées ou victimes de violence. C’était une situation de chasse à l’homme», rapporte M. Baabou, alors que son association en reçoit en général une vingtaine par semaine.

L’homosexualité est passible d’une peine de 3 ans de prison en Tunisie. Les associations se battent pour faire abroger l’article 230 du Code pénal, afin d’être en cohérence avec la Constitution, votée en janvier 2014 qui mentionne l’égalité entre les citoyens, le respect de la vie privée et de la dignité humaine.

En attendant que la loi change les associations travaillent à mettre en place une assistance juridique ainsi qu’un fond d’aide pour les situations d’urgence.

Sana Sbouai

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